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Vers une mobilisation nationale et harmonisée des branches professionnelles

Dans le paysage français de l’apprentissage, la mobilité internationale progresse mais demeure très inégalement structurée selon les secteurs. Certains OPCO et branches disposent déjà de dispositifs, d’accompagnements ou de pratiques établies ; d’autres en sont encore au stade exploratoire, faute d’information, d’outillage ou de doctrine commune. Cette hétérogénéité crée pour les CFA et surtout pour les apprentis, un accès inégal aux mêmes opportunités de formation et de développement de compétences.
C’est pour répondre à cette situation qu’Euro App Mobility (EAM) a engagé, depuis juillet 2024, une stratégie nationale de rapprochement avec les 11 opérateurs de compétences (OPCO). L’objectif est explicite : sensibiliser les gouvernances, partager un diagnostic collectif, faire émerger des actions communes et, à terme, contribuer à plus de cohérence dans les modalités d’accompagnement des CFA et d’aide à la mobilité internationale des apprentis.
En travaillant avec les OPCO — au niveau stratégique, opérationnel et territorial — EAM souhaite favoriser des conditions d’accès plus lisibles, sécurisées et équitables, quel que soit le secteur professionnel.

Première phase (juillet 2024 – novembre 2025) : rencontrer, sensibiliser, diagnostiquer

1.1 Dix rencontres politiques avec les présidences et les directions générales

Entre juillet 2024 et novembre 2025, Jean Arthuis a rencontré les directions générales de 10 des 11 OPCO, au siège de chacun d’eux. Ces temps d’échanges, parfois élargis aux membres des conseils d’administration, directions formation, innovation ou relations institutionnelles, ont marqué une étape structurante.

Leur objectif :

  • mettre la mobilité internationale à l’agenda des OPCO,
  • clarifier l’intérêt économique, pédagogique et social pour les branches,
  • identifier les besoins et marges de progression,
  • ouvrir des perspectives d’actions sectorielles.

Dans la continuité de la loi du 27 décembre 2023, dite « Pour un Erasmus de l’Apprentissage », cette initiative participe et complète la démarche nationale de définition d’un stratégie commune des OPCO pour la mobilité des apprentis, pilotée par la DGEFP.

1.2. Pourquoi les OPCO sont des acteurs clés

Les OPCO disposent de leviers déterminants :

  • connaissance des branches, métiers et évolutions professionnelles,
  • rôle d’accompagnement auprès des entreprises et des CFA,
  • capacité d’information, de structuration et de diffusion,
  • proximité avec les TPE-PME, majoritaires dans l’apprentissage,
  • expertise sectorielle sur les besoins en compétences.

Ils sont donc essentiels pour transformer un intérêt institutionnel en dynamique opérationnelle.

1.3. Un état des lieux contrasté – mais riche d’enseignements

Les réunions ont mis en évidence une forte diversité de situations :

  • dispositifs déjà opérationnels ou existants mais peu connus,
  • initiatives locales, expérimentales ou ponctuelles,
  • intérêt manifeste mais encore sans traduction organisationnelle,
  • absence de stratégie spécifique sur la mobilité.

Cette hétérogénéité confirme la nécessité d’un dialogue structuré permettant une montée en cohérence nationale, tout en respectant les spécificités sectorielles.

1.4. Des besoins communs formulés par les OPCO

Les échanges ont fait émerger plusieurs priorités partagées :

  • sécuriser juridiquement la mobilité en apprentissage,
  • clarifier les rôles de chaque acteur,
  • rendre l’information accessible aux entreprises et CFA,
  • partager des outils, modèles et retours d’expérience,
  • constituer des bases de données quantitatives et qualitatives,
  • disposer d’exemples concrets et documentés.

Ces constats ont ouvert la voie à une deuxième phase, pensée comme collective, pédagogique et opérationnelle.

2. Deuxième phase (2024-2026) : informer, mobiliser, outiller

2.1. Une vingtaine de webinaires co-animés avec six OPCO

Entre 2024 et 2025, EAM a co-organisé une vingtaine de webinaires, dont une dizaine uniquement avec l’OPCO 2i, mais aussi avec Atlas, Uniformation, Mobilités, Afdas et EP, chacun ciblant par cette médiatisation des publics spécifiques  à sensibiliser sur la base d’argumentaire adapté au cas par cas :

  • branches professionnelles,
  • conseillers des OPCO,
  • entreprises affiliée réparties dans des séances dédiées aux groupes et grands-comptes et des séances ciblant plutôt les entreprises intermédiaire et les TPE-PME;
  • responsables RH, tuteurs, maîtres d’apprentissage,
  • CFA et référents mobilité.

D’une durée moyenne d’une heure, ces sessions ont permis de répondre à des questions concrètes, très tournées vers les problématiques spécifiques se posant aux employeurs ou au CFA en ce qui concerne leur relation avec les employeurs.
Elles ont révélé un enjeu majeur : la demande d’information est forte, et dépasse souvent l’offre existante.

2.2. Un besoin partagé d’outillage professionnel

Les retours recueillis ont été convergents :

  • les conseillers OPCO souhaitent disposer de ressources fiables,
  • les entreprises demandent simplicité, lisibilité et sécurité,
  • les CFA attendent de l’accompagnement et de l’harmonisation.

Cette expression des besoins guide aujourd’hui les travaux méthodologiques d’EAM et a inspiré l’organisation par l’OPCO EP d’un grand évènement intitulé « Les Dialogues de la Mobilité » le 13 mars 2024 à La Rochelle consacré à la mise en évidence des bénéfices de la mobilité pour les apprentis comme pour les employeurs.

2.3. Les Clubs des employeurs : rapprocher les acteurs sur les territoires

Depuis janvier 2025, EAM a lancé une nouvelle forme de mobilisation territoriale : les Clubs des employeurs pour un espace européen de l’apprentissage, organisés à chaque fois avec un OPCO partenaire.

Six Clubs ont déjà eu lieu ou sont en lancement :

  • OPCO EP partenaire d’un évènement en Vendée au mois de janvier centré sur métiers de proximité et les filières artisanales ;
  • Ocapiat partenaire d’un évènement dans les Bouches-du-Rhône au mois de mai visant les employeurs du monde agricole ;
  • Opco Mobilités partenaire d’un évènement dans le Val-d’Oise au mois de mai s’adressant aux acteurs de lafilière automobile ;
  • Atlas partenaire d’évènement en Charente-Maritime au mois de juillet sur les métiers du chiffre, du conseil, de l’expertise, et du secteur numérique ;
  • Afdas partenaire d’évènement en octobre dans le Rhône visant les employeurs du tourisme ;
  • Constructys bientôt partenaire d’un événementdans la Marne vers le monde du BTP.

Ces rencontres réunissent entreprises formatrices, CFA, chambres consulaires, acteurs économiques, collectivités et partenaires institutionnels. Elles permettent de :

  • mettre en lumière les expériences ;
  • faire dialoguer les acteurs en peer-to-peer ;
  • présenter des solutions concrètes ;
  • favoriser l’émergence de réseaux locaux et sectoriels.

Elles constituent l’une des réussites majeures de cette deuxième phase.

3. Troisième phase (2025-2026) : formaliser des coopérations durables

3.1. Des conventions partenariales structurantes

La dernière étape consiste à accompagner les OPCO prêts à engager une stratégie mobilité sectorielle. Les conventions prévoient notamment :

  • actions d’information et de mobilisation,
  • formation des conseillers, CFA et entreprises,
  • production et mutualisation d’outils,
  • animation de réseaux professionnels,
  • accompagnement de projets pilotes,
  • suivi et évaluation des effets.

Elles permettent d’inscrire la mobilité dans une dynamique durable, organisée et assumée.

3.2. Deux conventions déjà signées

Deux OPCO ont déjà officialisé leur engagement :

  • Ocapiat, en janvier 2025 lors du Salon international de l’Agriculture,
  • Atlas, le 5 novembre 2025.

Ces signatures témoignent d’un basculement : la mobilité devient un sujet sectoriel reconnu, soutenu et structuré.

3.3. Une dynamique qui continue de s’élargir

D’autres OPCO ont engagé des discussions, à des rythmes adaptés à leurs priorités, métiers et organisations. Cette progressivité est assumée : elle garantit la pertinence des actions menées et leur appropriation par les branches professionnelles.

Une dynamique consolidée et partagée

En moins de deux ans, la démarche engagée par EAM auprès des OPCO a permis de sensibiliser les directions générales, d’ouvrir des échanges structurants, de mobiliser les réseaux professionnels, de construire des outils partagés et de faire émerger les premières coopérations formalisées. Ce dialogue, constant et exigeant, s’est révélé particulièrement fécond : les retours des OPCO, les initiatives territoriales menées conjointement et les projets en préparation témoignent d’une appropriation progressive du sujet par les branches professionnelles.

Cette dynamique a trouvé une illustration concrète le 18 novembre 2025, lors du séminaire annuel de l’association, où près de la moitié des OPCO étaient présents. Leur participation confirme l’intérêt, la confiance et la volonté collective de poursuivre ce chantier. Les prochains mois devraient permettre de transformer cette mobilisation en actions structurantes, durables et plus homogènes au bénéfice des apprentis, des entreprises et des CFA.